jeudi 23 février 2006
Une expérience récente, présentée devant la Royal Society, vient contredire l'hypothèse d'un berceau volcanique de la Vie.
La découverte de bactéries hyperthermophiles avait permis à de nombreux auteurs de supposer que ces organismes, situés à la base de l'arbre phylogénétique, avaient de très fortes ressemblances avec le dernier ancêtre universel LUCA. De plus, ces bactéries vivant dans des sources chaudes, l'idée d'une soupe primitive présente dans un milieu soumis à l'activité volcanique avait été proposée.

Des expériences avaient également démontré que des peptides et d'autres biomolécules pouvaient s'assembler dans des conditions mimant en laboratoire les environnements volcaniques. Mais aucune expérience n'avait été tentée sur le terrain. C'est ce qu'a projeté David Deamer, biophysicien à l'Université de Californie: après avoir repéré un site dans le Kamchatka, où de récentes activités volcaniques avaient stérilisé le sol, Deamer et ses collègues ajoutèrent dans une mare d'eau des biomolécules variées (acides aminés, acides nucléiques et acides gras).

Après quelques heures, les échantillons d'eau recueillis ne contenaient presque plus de ce matériel biologique. Des tests plus poussés révélèrent que les biomolécules avaient été adsorbées par les argiles contenus dans la mare. "Elles sont clouées au sol, elles ne peuvent donc pas intéragir entre elles" indique Deamer. Dans sa présentation devant la Royal Society, le chercheur conclue que les piscines volcaniques chaudes ne sont probablement pas les sites les plus indiqués pour un assemblage primitif de la vie.

Mais l'hypothèse n'est pas rejetée pour autant, et notre chercheur entend bien reproduire l'expérience sur les volcans hawaïens, où les argiles poseraient moins de problèmes. Cependant, le chimiste James Ferris de l'institut polytechnique de Rensselaer (New York), qui avait mis en évidence l'action bénéfique de certains argiles sur les intéractions biologiques, pense qu'une mare à la température plus froide et au pH moins acide que celle utilisée au Kamchatka serait un environnement plus propice. Malheureusement, ce type d'environnement est déjà contaminé par la Vie ...

La chimie prébiotique à l'origine de la Vie reste une question encore largement débattue. Peut-être que notre planète ne se prête plus à ce genre d'expérimentations, et certains biologistes rêvent déjà d'expériences sur des mondes supposés stériles ... Comme Mars !

Auteur : Guillaume Calu

Publication commune avec Spectrosciences

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